Une gonorrhée plus résistante stimulée par les traitements antibiotiques du Covid-19

Une gonorrhée plus résistante stimulée par les traitements antibiotiques du Covid-19


Mercredi 30 Decembre 2020 11:37
Deuxième maladie sexuellement transmissible la plus fréquente derrière les chlamydias, la gonorrhée ou “chaude-pisse” connaît une recrudescence depuis ces 30 dernières années. Outre une augmentation du nombre de cas, l’utilisation de médicaments antimicrobiens a également stimulé l’émergence d’une forme plus résistante du gonocoque, bactérie à l’origine de l’infection.

Cette infection peut se transmettre lors de tous types de rapports sexuels (génitaux, ano-génitaux, bucco-génitaux) avec une personne infectée par le gonocoque, qu elle présente ou non les symptômes. Elle peut aussi se transmettre de la mère à l enfant, lors de l accouchement.

Alors que certains notaient déjà une résistance de la bactérie aux traitements recommandés comme le céfixime, la ceftriaxone et l’azithromycine, le COVID-19 accentuerait ce phénomène de “super-gonorrhée”, cette souche multi-résistantes, par l’utilisation systématique d’antibiotiques.

Résistance aux antibiotiques et manque d’accès aux soins
Dans un entretien accordé au Sun, un porte-parole de l’OMS alerte sur l’impact des traitements administrés contre le Covid-19 dans la résistance de la gonorrhée. “La surutilisation des antibiotiques dans la communauté peut alimenter l émergence d une résistance aux antimicrobiens dans la gonorrhée. L azithromycine - un antibiotique courant pour traiter les infections respiratoires - a été utilisée pour le traitement de Covid-19 plus tôt dans l épidémie,” a expliqué le représentant de l’organisation.

Outre les mutations génétiques, l’OMS affirme que “cette résistance est due à un certain nombre de facteurs, notamment l’accès illimité aux antimicrobiens, le choix inapproprié et la surutilisation des antibiotiques, et la mauvaise qualité des antibiotiques.”

Une résistance accrue aux traitements recommandés qui pousse les autorités à réfléchir à de nouvelles options, face au risque de la multiplication de cas. En 2018, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies américains notaient une augmentation du nombre d’IST causé par le gonocoque, ou Neisseria gonorrhoeae, de 63% depuis 2014.

Si le Covid a favorisé l’émergence d’une “super-gonorrhée”, il a aussi ralenti son diagnostic. Le porte-parole de l’OMS note un autre phénomène “pendant la pandémie, les services d’Infections Sexuellement Transmissibles (IST) ont également été perturbés. Cela signifie qu un plus grand nombre de cas d IST ne sont pas diagnostiqués correctement et que plus de personnes s’automédiquent.”

Mise en place indispensable d’un plan d’action
À l’origine de répercussions sur la santé reproductive, maternelle et néonatale, les infections gonococciques impliquent de graves conséquences comme une multiplication par 5 de la transmission du VIH, l’infertilité ou la grossesse extra-utérine.

Avec l’aide des États membres, l’OMS entend “comprendre et réduire la résistance aux antimicrobiens grâce à un meilleur contrôle des médicaments antibiotiques et à des mesures visant à prévenir la propagation de la gonorrhée.”

Les principales actions de l’OMS sont les suivantes :

prévention et lutte efficaces contre les infections gonococciques, en utilisant des messages et des interventions de prévention et des schémas thérapeutiques appropriés ;
établissement d’une réglementation efficace en matière de médicaments ;
renforcement des systèmes de surveillance de la résistance aux antimicrobiens, en particulier dans les pays où la charge des infections à gonocoque est élevée ;
établissement de réseaux régionaux de laboratoires pouvant effectuer des cultures de gonocoques, avec des mécanismes de contrôle de la qualité performants ;
surveillance des échecs thérapeutiques en élaborant un ensemble standard de protocoles pour la surveillance ;
appui à la recherche pour trouver des tests à faible coût pour identifier N. gonorrhoeae et mettre au point des méthodes de détection de la résistance aux antimicrobiens ; et
recherche d’alternatives thérapeutiques pour soigner les infections gonococciques.


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