«Président des riches» Sur TF1, Macron compose avec son bilan et ses boulets économiques et sociaux

«Président des riches» Sur TF1, Macron compose avec son bilan et ses boulets économiques et sociaux


Jeudi 16 Decembre 2021 07:09
Dans son entretien à TF1 et LCI, le chef de l’Etat a tenté de se débarrasser des étiquettes qu’il s’est lui-même collé durant ce quinquennat, notamment celle de «Président des riches».
C’est un peu comme le sparadrap du capitaine Haddock. Il n’y a rien à faire. Le chef de l’Etat a beau s’échiner, il est toujours qualifié de «Président des riches». Dans l’interview fleuve de deux heures sur TF1 et LCI, l’expression qui lui a été associée depuis le tout début du quinquennat est revenue à maintes reprises. Emmanuel Macron l’a récusée – «Je pense que je n’ai jamais été cela» – sur tous les modes.

Il a d’abord parlé de lui, en rappelant ses origines familiales, convoquant notamment sa grand-mère «Manette», comme il le faisait souvent pendant la campagne de 2017 : «Je sais d’où je viens. Je viens d’une famille à Amiens de médecins hospitaliers, une grand-mère enseignante.» Il a aussi invoqué ses valeurs «qui ne sont pas celles d’un président des riches» et son rapport à l’argent à l’égard duquel il dit ne pas avoir «d’obsession» : «Ni ne l’adore ni ne le hait». Emmanuel Macron aurait donc été mal compris : «Je veux simplement qu’on retrouve la culture de reconnaître le succès et de savoir le célébrer y compris dans l’économie», a-t-il dit, militant «pour un pays fort économiquement, mais […] pour un pays juste».

«Cette politique a porté ses fruits»
Pourtant, cette expression n’a pas surgi par hasard. Ce sont plusieurs petites phrases, et surtout les réformes menées en début de mandat qui l’ont installée. A commencer par celles sur la fiscalité du capital, avec la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), la création de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), l’instauration du prélèvement forfaitaire unique (PFU), prévoyant un taux d’imposition de 30% sur les revenus des capitaux mobiliers, peu importe la tranche d’imposition. Emmanuel Macron les a encore justifiées mercredi soir : «on ne réussit pas à construire une force économique et une grande nation si nous n’avons pas des femmes et des hommes qui investissent dans les entreprises. C’est pas vrai. Si on ne crée pas de richesse, on ne peut pas financer le modèle social.» Selon lui, «cette politique a porté ses fruits».

Sauf que le comité d’évaluation de ces mesures sur la fiscalité n’est toujours pas parvenu à les relier à un quelconque effet positif sur l’économie, notamment sur l’investissement. Quant aux rapports qui ont analysé les effets redistributifs de l’ensemble des mesures du quinquennat, ils montrent qu’elles ont permis aux plus riches de récupérer bien plus de pouvoir d’achat que les autres. Dans une récente étude qui exclut les dispositifs liés au Covid-19, l’Institut des politiques publiques de l’Ecole d’économie de Paris (IPP) note que les 24 milliards d’euros redistribués pendant le quinquennat ont permis au millième de la population le plus riche une hausse de son niveau de vie record de 4,1% quand les cinq centièmes les plus pauvres, soit 3,34 millions de personnes précaires, ne l’avaient pas vu progresser. D’ailleurs, Emmanuel Macron n’a cité que trois mesures envers «les plus modestes» : l’augmentation de «100 euros par mois de l’allocation adulte handicapé», celle du «minimum vieillesse», et celle des retraites agricoles «portées à 1000 euros»…

Si le président de la République a autant insisté sur le pouvoir d’achat des ménages, qui a, en moyenne, plus augmenté sous ce quinquennat que «sous les deux précédents» (+4,1 % entre 2018 et 2022 selon les calculs de l’Office français des conjonctures économiques de Sciences Po Paris), c’est parce que le thème va s’imposer dans la campagne, si l’inflation continue de s’installer. Le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, considère d’ailleurs que ce sera «le problème politique majeur de la rentrée, qui occupera tous les débats économiques» et que la question de la manière dont protéger les Français se posera avec insistance. Les mesures prises jusqu’à présent, comme l’indemnité inflation de 100 euros dont la distribution a commencé cette semaine, risquent de ne pas suffire.

Trois régimes de retraites ?
Autre sparadrap que le président de la République a tenté de s’arracher : celui de la réforme des retraites. «S’il n’y avait pas eu l’épidémie, cette réforme qui avait été votée en première lecture avec un 49-3, elle serait allée à son terme, c’est évident», a-t-il affirmé. Pour évoquer ses tentatives de remettre le sujet sur la table plus tôt cette année, il a questionné les deux journalistes qui l’interviewaient mercredi soir : «Est-ce que vous pensez que j’aurais dû, en pleine pandémie, relancer une réforme des retraites ? Est-ce que vous pensez que j’aurais dû cet automne relancer une réforme des retraites ?» La réforme qu’il mènera en cas de réélection ne ressemblera, en tout cas, pas à celle dont il avait fait une pierre angulaire de son programme de 2017. Désormais, il ne veut plus du passage à un système universel à points. «Il y a maintenant un problème de financement, il est clair qu’il faudra travailler plus longtemps», a-t-il dit, renvoyant le choix d’un âge précis à «un débat démocratique». Mais il n’abandonne pas l’idée de «simplification» des régimes de sa première réforme. Au lieu des 42 régimes actuels, il n’en veut plus un seul – il juge cela aujourd’hui «trop anxiogène» –, mais en propose trois : un pour la fonction publique, un pour les salariés, et un autre pour les indépendants.

Emmanuel Macron a enfin tenté de déminer un sujet que brandissent déjà nombre de candidats déclarés à la présidentielle, celui de l’endettement qui s’est considérablement accru avec le «quoi qu’il en coûte». Dans la loi de finances pour 2022 adoptée ce mercredi par le Parlement, le gouvernement table sur une dette publique de 115,3% du PIB cette année, puis 113,5% l’an prochain. Emmanuel Macron a exclu de repousser à une échéance lointaine le remboursement ou de la répudier, «un message irresponsable parce que nos enfants auront à la payer et surtout parce que les gens ne nous feront plus confiance». Il a aussi repoussé «l’option Père Fouettard», qui consisterait à couper maintenant dans les dépenses, rappelant que «ceux qui ont fait ça ont ensuite augmenté les impôts comme jamais parce qu’ils ont cassé la croissance». Une manière de se démarquer des propositions de la candidate LR Valérie Pécresse, qui fait du rétablissement des finances publiques un axe de sa campagne, en proposant de créer un «comité de la hache» ou de supprimer 200 000 postes de fonctionnaires… Lui choisit une troisième option, encore un peu floue : «dire oui, il faut les rembourser», sans «couper», mais en «créant davantage» tout «en modernisant l’action publique pour la rendre plus efficace et en supprimant ainsi des postes de fonctionnaires». Le «en même temps» qui a marqué la campagne d’Emmanuel Macron en 2017 est de retour. Ne manque plus que le candidat.


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