Entre harcèlement sexuel et inconfort, le métavers de Facebook déjà un lieu toxique pour les femmes

Entre harcèlement sexuel et inconfort, le métavers de Facebook déjà un lieu toxique pour les femmes


Vendredi 31 Decembre 2021 17:08
Une première version du métavers de Facebook, «Horizon Worlds», a été lancée aux Etats-Unis et au Canada . Déjà, des récits de gêne, de harcèlement, voire d’agressions sexuelles sont relayés par ses utilisatrices.

Mark voit ses amis, Mark joue aux cartes, Mark admire de l’art… Dans la présentation Connect 2021 fin octobre, le milliardaire PDG de Facebook - désormais renommé Meta - présentait un métavers transpirant la bienveillance et la bonne humeur. Devenu sa nouvelle lubie, ce lieu entièrement virtuel, dans lequel on est amené à s’immerger par le biais de casques de réalité virtuelle ou de lunettes de réalité augmentée, serait, selon Zuckerberg, la «relève de l’Internet mobile». Travailler, faire du shopping, du sport… Dans l’idée, tout y serait possible… et, visiblement, même le harcèlement.

A mille lieues de la vision bisounours étayée lors des grands coups de com de la firme californienne, les premiers retours d’expérience d’utilisateurs et, plus précisément, d’utilisatrices, décrivent un lieu propice à des situations d’«inconfort», de harcèlement, voire d’agressions sexuelles.

Pourtant, Horizon Worlds, l’une des premières versions du métavers de Facebook, n’a été officiellement lancée que la semaine dernière aux Etats-Unis et au Canada. Dedans, les mordus de tech ont déjà pu assister à des spectacles d’humour, participer à des séances de méditation ou se laisser aller à l’écriture de quelques lignes de code pour créer leur propre jeu. Toutefois, début décembre, rapporte The Verge, une «bêtatesteuse», c’est-à-dire la première utilisatrice d’un logiciel ou d’un jeu, qui le teste et indique aux développeurs les améliorations à apporter, a expliqué avoir été victime d’une agression sexuelle en réalité virtuelle.

Sur la page Facebook officielle de ce projet, elle raconte que son avatar a subi des attouchements de la part d’un autre. «Le harcèlement sexuel est déjà quelque chose de grave en ligne, mais être en réalité virtuelle ajoute de l’intensité à ce type d’événement», décrit-elle, faisant probablement référence à l’immersion parfois très réaliste que permet la réalité virtuelle. En plus d’être «pelotée», elle ajoute que «d’autres personnes soutenaient ce comportement» et l’ont fait se sentir «isolée».

Interpellée, encerclée, photographiée
Même son de cloche du côté du média américain Bloomberg, pour lequel la journaliste Parmy Olson a pu tester le dispositif et relater son expérience dans un article paru le 15 décembre. Pour son premier saut dans le virtuel, elle a choisi un avatar proche de son apparence physique «réelle». Elle résume son expérience en ces termes : «amusante», «excitante», mais aussi «intense, fatigante et souvent gênante».

Dès son arrivée dans le hall d’accueil d’Horizon Venues, module du métavers plutôt dédié à l’événementiel, elle se fait la remarque : elle est la seule femme parmi une douzaine d’hommes. En quelques instants, Parmy Olson relate avoir été «surprise» par un avatar ayant zoomé à quelques centimètres d’elle. Peu de temps après, un groupe d’avatars masculins s’est formé autour d’elle en restant silencieux. D’autres encore l’ont prise en photo… Autant d’expériences qui, dans la vie réelle comme dans la réalité virtuelle, peuvent être oppressantes.

Sur son compte Twitter, la journaliste alerte : si de nombreuses rencontres ont été sympathiques, «le harcèlement et les comportements effrayants se sont produits suffisamment souvent pour que je pense que les problèmes de harcèlement et de «griefing» [fait d’irriter volontairement et de harceler d’autres joueurs, ndlr] qui existent dans les jeux depuis des années arrivent dans la réalité virtuelle sociale». Avec une conclusion à la clé : «Aller [dans le métavers] en tant que femme était aussi profondément inconfortable par moments.»

Pour protéger ses utilisateurs de telles situations, Meta propose, dans Horizon Worlds, une fonctionnalité permettant d’activer une zone de sécurité autour de son avatar. Pour cela, il faut qu’ils appuient sur un bouton présent sur leur poignet virtuel. La voix des autres utilisateurs est alors coupée. Des «spécialistes de la sécurité» de l’entreprise peuvent aussi retrouver l’enregistrement de la scène en cas de signalement.

Un droit des avatars ?
Interrogé par The Verge sur le premier témoignage, Vivek Sharma, vice-président d’Horizon Worlds, indique qu’il s’agit d’un «accident absolument malheureux» et, qu’après vérification, l’utilisatrice n’avait pas enclenché le système de protection mis en place. «Pour nous, c’est un retour d’expérience utile car nous souhaitons optimiser et rendre facile d’accès nos dispositifs de sécurité», soutient-il.


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