Dry January : un mois sans alcool... et sans aide de l État

Dry January : un mois sans alcool... et sans aide de l État


Dimanche 02 Janvier 2022 06:44
Le Dry January , ou le mois sans alcool commence ce samedi 1er janvier 2022. Une campagne qui n obtient toujours pas le soutien de l État, contrairement à des opérations similaires contre le tabagisme.

On n a pas d aide gouvernementale (et) on est toujours sans moyens , souligne auprès de l AFP la juriste Claude Rambaud, vice-présidente de la fédération d associations France Assos Santé, qui chapeaute cette campagne.

Lancé pour la troisième année consécutive en France, sur le modèle d opérations semblables dans le monde anglo-saxon et scandinave, le Dry January fonctionne sur un principe simple: ne pas boire d alcool pendant tout le mois de janvier.

La période est propice à faire une pause, après des fêtes souvent marquées par une importante consommation d alcool. Mais le but n est pas seulement de reposer son organisme, c est de se rendre compte par soi-même de ce qui change dans un quotidien sans alcool.

L idée, c est d essayer de faire cette pause, mais la campagne ne se veut pas du tout moralisatrice: chacun peut essayer de mesurer son rapport à l alcool pendant ce mois-là , explique Mme Rambaud, craignant toutefois un contexte difficile avec la pandémie de Covid-19 qui perdure dans une ambiance anxiogène.

Ce type de campagne fait de plus en plus ses preuves en matière de santé publique. Au lieu de mettre l accent sur les risques représentés par une substance - ici l alcool - , on insiste sur les avantages à ralentir sa consommation. Les participants sont aussi stimulés par un défi qui rassemble de nombreuses personnes au même moment.

Beaucoup de gens qui font cette pause continuent ensuite à moins consommer d alcool, rapporte Mme Rambaud, sur la foi d études faites dans des pays anglo-saxons.

Ça lance un élan , insiste-t-elle.

C est le même principe que le Mois sans tabac , lancé chaque année à l automne, avec une petite nuance: le Dry January ne vise pas à définitivement inciter à une abstinence totale.

Mais, en France, la réalité est bien différente entre les deux opérations. Le Mois sans tabac est soutenu depuis des années par l Etat, via l agence Santé publique France, alors que le Dry January n est le fait que d associations, certes rejointes par plusieurs municipalités comme celle de Lyon.

Les associations reprochent à l Etat de céder aux lobbies de l alcool
Ça n a rien à voir avec ce qui se passe au Royaume-Uni où ils sont extrêmement soutenus par le gouvernement , regrette Mme Rambaud.

Les associations reprochent à l Etat de céder aux lobbies de l alcool, en premier lieu les viticulteurs, qui agitent le spectre d une campagne hygiéniste et inadaptée à l art de vivre à la française.

Du côté de Santé publique France qui, selon plusieurs sources, avait failli se lancer dans la campagne pour sa première année en 2020 mais y avait renoncé in extremis, le jeu d équilibriste perdure.

L agence, qui dépend du ministère de la Santé, ne cache pas son intérêt pour le Dry January ; elle a mené plusieurs enquêtes sur son déroulement et son vécu par les participants. Mais elle se tient éloignée d une implication directe.

Santé publique France se place en soutien des organisateurs du Dry January, expliquait à l automne, sa directrice générale Geneviève Chêne, mettant l accent sur d autres campagnes de l agence contre les risques liés à l alcoolisme.

Ces opérations publiques sont, toutefois, plus axées sur les risques liés aux comportements - agressivité, danger sur la route - que ceux qui touchent directement la santé des buveurs.

Or, ces risques pour la santé sont souvent mal appréhendés, comme en témoigne une incompréhension fréquente sur le Dry January . La campagne ne concerne pas que les gros buveurs car une consommation modérée mais régulière représente aussi un risque pour la santé.

Pour les non-participants, la cible de l opération est en priorité constituée des personnes dépendantes ou des jeunes consommateurs qui ne maîtriseraient pas leur consommation , explique une étude réalisée par Santé publique France à partir d entretiens individuels, et publiée en décembre dans la revue Alcoologie et Addictologie.

Ils ne se sentent donc pas concernés , concluent les auteurs, estimant qu il y aurait tout à gagner à encore mieux médiatiser le Dry January .


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