GUERRE NUCLEAIRE. Les missiles pleuvent en Ukraine alors que d éventuelles attaques chimiques et nucléaires de la Russie inquiètent.

GUERRE NUCLEAIRE. Les missiles pleuvent en Ukraine alors que d éventuelles attaques chimiques et nucléaires de la Russie inquiètent.


Jeudi 14 Avril 2022 16:04
La tension monte d un cran sur la scène internationale. Les Etats-Unis n épargnent plus Moscou et accusent ouvertement Vladimir Poutine de se rendre coupable d un génocide en Ukraine. L Union européenne est plus prudente sur l utilisation de ce terme, Emmanuel Macron a indiqué préféré parler de crimes de guerre , un choix qui a déçu et blessé le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Au lendemain de la déclaration de Joe Biden, la numéro trois de la diplomatie américaine, Victoria Nuland, a mimé l apport de nuance au discours. Une fois que nous aurons pu réunir toutes les preuves, nous allons finir par arriver à la même conclusion que le président Biden, car ce qui se passe sur le terrain n est pas un accident , a-t-elle indiqué sur CNN mercredi 13 avril. Elle rejoint toutefois Washington en estimant que la situation catastrophique en Ukraine résulte d une décision intentionnelle prise par la Russie et par ses forces de détruire l Ukraine et sa population civile . Les accusations ont irrité Moscou d autant plus que les Etats-Unis ont renchéri à quelques heures d intervalle sur le recours de l armée russe aux armes chimiques. Le secrétaire d Etat américain, Antony Blinken, a déclaré disposer d informations crédibles sur le potentiel usage d agents chimiques dans les offensives lancées sur Marioupol, au sud-est de l Ukraine. L Organisation pour l interdiction des armes chimiques (OIAC) a fait part de se préoccupations dans la foulée.

La Russie n entend pas laisser ces accusations sans réponse. Le gouvernement russe s est défendu dans un communiqué et a appelé la Maison-Blanche à cesser de répandre la désinformation . Un message plus sobre qu à l accoutumé mais l ambassade russe aux Etats-Unis a vivifié les échanges en déplorant un bavardage vide non étayé par un seul élément de preuve ou encore des déclarations provocatrices . Effectivement pour seul argument les Etats-Unis ont indiqué que la Russie a des antécédents [et] a utilisé ces agents sur son propre peuple . Ces accusations sont mal tombées pour la Russie qui fait face à une situation en demi-teinte en Ukraine : au moment où les soldats sont sur le point de faire tomber Marioupol, le plus imposant bâtiment de la flotte russe posté en mer Noire est attaqué. Au petit matin du jeudi 14 avril, le Moskva a été signalé en feu par les agences de presse russe. Le navire, un croiseur lance-missile, était en proie aux flammes et aux explosions de plusieurs munitions. Le ministère de la Défense russe a assuré que tout l équipage a pu être évacué du bateau gravement endommagé mais toujours à flot. Après la maîtrise de l incendie, l événement a donné lieu à une guerre d informations sur l origine du désastre : du côté ukrainien, le gouverneur de la région d Odessa a indiqué que des missiles Neptune qui protègent la mer Noire ont causé d importants dégâts à ce navire russe , alors qu en Russie on a évoqué un incendie accidentel sur un ton rassurant.

Voilà plusieurs semaines que la Russie est engagée dans une opération militaire qui aurait dû atteindre ses objectifs en quelques jours. La résistance ukrainienne s avère plus coriace que prévu et peut compter sur les soutiens militaires de l Otan. Joe Bien, toujours lui, a d ailleurs annoncé l envoi d une nouvelle aide militaire de 800 millions de dollars mercredi 13 avril. Parmi le fret se trouvent des équipements très efficaces […] déjà livrés à l Ukraine mais aussi de nouvelles pièces adaptées à l assaut plus vaste que nous prévoyons de la Russie dans l est du pays . Une liste du Pentagone détaille le contenu de cette aide : 18 obusiers et 40 000 cartouches d artillerie, des hélicoptères et deux radars antiaériens, des missiles antichars, des véhicules blindés, des drones et enfin des équipements de protection contre des armes chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires.

Attaque nucléaire en Europe, risque réel ou dissuasion ?
Fin février, Vladimir Poutine a, à deux reprises, fait référence à la bombe nucléaire et depuis le menace plane au-dessus de l Ukraine. Un mois plus tard, le 22 et 24 mars, le porte-parole du Kremlin et l ambassadeur adjoint de la Russie à l ONU ont conditionné le recours à l arme atomique à une attaque ou une provocation de l Otan ou toute menace existentielle identifiée contre la Russie. Ces déclarations entretiennent le flou sur ce qui pourrait déclencher une telle offensive, une manœuvre russe qui s imbrique parfaitement dans la stratégie de dissuasion nucléaire. Quand vous avez affaire à une puissance nucléaire, bien sûr, vous devez calculer toutes les conséquences possibles de votre comportement , a pris soin d ajouter l ambassadeur Dmitry Polyanskiy dans une entretien pour SkyNews. Ni l Otan, ni l Onu n excluent donc l hypothèse d une attaque atomique. Les deux organisations ont au contraire décidé l envoi d équipements militaires pour permettre à l Ukraine de se protéger contre les menaces nucléaires et chimiques ainsi que des armes défensives et léthales à l Ukraine . La seule limite est de ne pas envoyer de matériel offensif et de ne pas devenir cobelligérant , selon les propos d Emmanuel Macron.

Matériellement, la Russie est en capacité d armer des missiles nucléaires avec plus de 6 000 ogives à sa disposition et un arsenal conséquent de bombardiers, de sous-marins et de navires de surface mais, les images satellites ne montrent aucun déplacement stratégique traduisant la préparation d une attaque atomique. A noter que la Russie use d une stratégie de dissuasion et que ses capacités à lancer une offensive nucléaire ne traduisent une volonté de franchir la ligne rouge. Des spécialistes estiment que la menace sert plutôt d argument pour instaurer un chantage politique, s imposer en position dominante dans le conflit face à l Ukraine, y compris lors des pourparlers et dissuader l Occident d interférer dans les relations russo-ukrainiennes.

La Russie a-t-elle intérêt à lancer une attaque nucléaire ?
Si le menace matérielle est réelle, d un point de vue stratégique une offensive nucléaire desservirait la Russie à plusieurs égards. L opération militaire massive et l encerclement de Kiev traduisent l objectif du Kremlin de prendre le pouvoir de la capitale ukrainienne pour placer le pays sous son giron, le gouvernement russe ayant martelé sa volonté de maintenir la paix et de libérer les Ukrainiens des nazis au pouvoir . Mener une offensive nucléaire sur l Ukraine reviendrait à anéantir le pays et serait une action contradictoire avec le projet de Poutine, surtout que le chef russe n est pas porté en haute estime dans l opinion du peuple ukrainien. Il faut aussi noter que faire usage de la force nucléaire sur un pays dénué de cette force de frappe n est pas admis par le document, signé par le Kremlin en octobre 2020, qui limite le pouvoir nucléaire de Moscou à quatre cas exigeant une menace nucléaire effective à l encontre de la Russie. Un tel affront n a pas été adressé au Kremlin par l Ukraine qui ne fait pas partie du club des puissances nucléaires, ni par l Europe ou les Etats-Unis qui assurent ne pas vouloir entrer en guerre avec Vladimir Poutine. Moscou essaie donc par différents moyens de trouver une quelconque menace nucléaire chez ses adversaires quitte à user de la propagande comme le dimanche 6 mars 2022 quand un haut responsable du Kremlin cité dans les médias russe a accusé l Ukraine de fabriquer une bombe sale à partir des restes du plutonium radioactif de Tchernobyl. L accusation relayée par le Parisien n est pas la première du genre mais l Occident n y accorde pas de crédit d autant que l Ukraine a plusieurs fois répété ne pas avoir l intention de devenir le dixième pays nucléarisé.

Au-delà de ses intérêts militaires à Kiev, Moscou doit aussi composer malgré lui avec les autres puissances nucléarisées qui, si elles restent en retrait sur le front, ont pris position en faveur de l Ukraine et lui assurent un soutien financier et matériel. Si Vladimir Poutine fait le choix de lancer une offensive nucléaire, il se pose en agresseur et s expose à une riposte économique, militaire de l Occident, voire nucléaire si son attaque porte sur l Europe, et contraint la Russie à être isolée sur le plan international.

Une guerre entre la Russie et l Europe ?
Nous ne sommes pas en guerre contre la Russie , a déclaré Emmanuel Macron dans son allocution du 2 mars 2022 au nom de la France et plus généralement de l Europe. Aucune puissance occidentale n envisage de prendre part directement au conflit en Ukraine, pourtant toutes ont pris position en faveur de Kiev et s organisent pour fournir une aide financière au pays mais aussi un soutien logistique et militaire. L Union européenne a ainsi débloqué 1,2 milliards d euros pour soutenir l économie ukrainienne mais compte aussi, et il s agit d une décision historique, financer la livraison d artilleries militaires dont des armes létales à l Ukraine à hauteur de 450 millions d euros. Ces annonces en date du 28 février prouvent que l UE n est pas neutre et joue un rôle même indirect dans cette guerre. La France de son côté a envoyé des troupes militaires sur les bases de l OTAN voisines de l Ukraine comme en Roumanie.

L Europe justifie cette aide par le soutien nécessaire à apporter à l Ukraine, lésé face à l armada de la Russie, et insiste pour dire que ces actions ne sont pas menées contre le Kremlin. Dans le cas contraire, Moscou habitué depuis le début de l invasion de l Ukraine à réécrire l histoire à son avantage pourrait utiliser cet argument pour lancer des offensives sur l Europe.

L attaque d une centrale nucléaire peut-elle sonner le début d une guerre nucléaire ?
L Agence internationale de l énergie atomique (AIEA) ne cache plus sa vive inquiétude quant à la sûreté et à la sécurité des installations nucléaires ukrainiennes . Deux d entre elles sont tombées dans les mains des occupants russes depuis le début de la guerre en Ukraine : Tchernobyl le 24 février et Zaporijjia, plus grande centrale d Europe le 4 mars. Depuis le site de Tchernobyl a été coupé à deux reprises du réseau électrique et à Zaporijjia la communication avec la centrale est difficile mais, la Russie assure que les ingénieurs ukrainiens travaillent toujours à assurer le bon fonctionnement des sites tandis que des experts russes fournissent une assistance consultative comme le rapporte le directeur général de l AIEA, Rafaël Grossi. L Ukraine livre un discours différent à l organisation internationale et soutient que Moscou cherche à prendre le contrôle de façon totale et permanente des centrales nucléaires. Depuis que l occupant a mis la main sur le site nucléaire, le pays redoute le pire, le 4 mars sur Twitter le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kuleba, indiquait que si le complexe nucléaire de Zaporijjia venait à être frappé et à exploser ce serait dix fois pire que Tchernobyl . L AIEA s abstient de prendre position mais insiste sur la nécessité pour le personnel d exploitation de pouvoir s acquitter de ses tâches liées à la sûreté et à la sécurité, et pouvoir prendre des décisions sans pression indue .

Les conséquences de l explosion d une centrale nucléaire pourraient s étendre bien au-delà des frontières de l Ukraine et donner lieu à des sanctions internationales contre la Russie, ou le pays responsable de l attaque. Toutefois, est-il vraiment envisageable que Vladimir Poutine prenne le risque d exposer son propre pays, voisin de l Ukraine, aux risques radioactifs ? La frappe sur Zaporijjia peut, à l instar des menaces verbales de Moscou, servir un but dissuasif. L AIEA a appelé à cesser l usage de la force et avertit d un grave danger si les réacteurs sont touchés .

Une guerre chimique est-elle à craindre ?
Les soupçons sur une éventuelle attaque chimique russe se précisent. Mercredi 13 avril, Anthony Blinken, secrétaire d Etat américain, a indiqué avoir à sa disposition des informations crédibles quant à la possibilité pour Moscou d user d agents chimiques pour faire tomber la ville portuaire de Marioupol. Le représentant de la Maison-Blanche n en a pas dit plus et Moscou a profité de l absence d exposition de faits tangibles pour dénoncer une stratégie de désinformation . L ambassade russe aux Etats-Unis a pour sa part critiqué des déclarations provocatrices , vides de sens et non étayées par des preuves .

Les accusations sur le recours de Moscou aux armes chimiques ne sont pas un événement nouveau. Depuis la mi-mars, Washington et Moscou se jettent mutuellement la pierre. Le Kremlin en premier a suspecté les laboratoires ukrainiens d être en train d effectuer des recherches militaires sur des armes biologiques avec l aide des Américains. L arme en question serait un germe maintenu actif dans les laboratoires pour être éventuellement utilisé à des fins de guerre sur des populations civiles. La puissance de l arme lui vaudrait d être classés parmi les armes de destruction massive dans le droit international. Le 11 mars, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a annoncé que la Russie disposait de documents démontrant que les maladies de la peste, du choléra ou de l anthrax étaient stockées dans les installations de recherche ukrainiennes. Des accusations immédiatement démenties par Volodymyr Zelensky : Je suis père de deux enfants. Aucune arme chimique n a été développée dans mon pays , s est-il emporté. Il a précisé que ces laboratoires dataient de l Union soviétique et ne servaient qu aux recherches sur la science ordinaire, surement pas sur des technologies militaire. Puis il a renvoyé la faute sur le Kremlin : Vous allez utiliser quoi, de l ammonium, du phosphore ? Vous allez frapper une maternité, une église ou un hôpital pour enfants ?

Aux Etats-Unis, où ces allégations ont été taxées de mensonges purs et simples par la diplomatie, on s inquiète que la propagande russe puisse servir de prétexte à Vladimir Poutine pour lancer sa propre arme chimique. C est une technique russe classique que d accuser les autres de ce qu ils envisagent de faire eux-mêmes , a déclaré lors d une audition parlementaire la sous-secrétaire d Etat pour les Affaires politiques américaine, Victoria Nuland. Selon elle, la réalité n est pas que l Ukraine soit en train de concocter des armes chimiques, bien qu elle dispose effectivement d installations de recherche biologique , mais plutôt que les forces russes tentent de prendre le contrôle de ces installations.

Des cyberattaques russes à craindre ?
Manœuvres des guerres modernes, les cyberattaques sont très redoutées à l heure où toutes les données sont numérisées et où tous les systèmes ou presque peuvent être piratés. Si elles ne tuent pas, les cyberattaques peuvent être ravageuses pour les pays et gouvernements qui en sont victimes. Les Etats-Unis ne souhaitent pas être de ceux-là et suspectent la survenue prochaine de cyberattaques russes contre les membres de l OTAN venant en aide à l Ukraine. Le 21 mars, Joe Biden a averti que la Russie réfléchissait à des attaques informatiques les visant en s appuyant sur les observations des services de renseignements américains. La conseillère de la Maison-Blanche pour la cybersécurité Anne Neuberger a indiqué de son côté que des travaux préparatoires russes en lien avec des pirates informatiques étatiques ont été détectés par les autorités. Comme cela a été le cas pour les accusations sur la détention d armes chimiques, Washington et Moscou se renvoient la faute. Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe a nié en bloc ces accusations : La fédération de Russie, contrairement à de nombreux pays occidentaux, y compris les Etats-Unis, ne s adonne pas à du banditisme d Etat .

Malgré les démentis de la Russie, Joe Biden a appelé les entreprises à verrouiller les portes numériques . Les cyber autorités britanniques rejoignent les Etats-Unis et appellent, elles aussi, à ce renforcement des systèmes de cyber protection en précaution. Pourtant aucune des deux puissances ne disposent d éléments concrets attestant de la préparation d une cyberattaque, de quoi permettre à Moscou de taxer ces déclarations de russophobes . Les craintes de l Occident sont toutefois légitimes puisque Moscou possède un sérieux arsenal informatique capable de lancer des cyberattaques perturbatrices et dangereuses.

Une possible Troisième Guerre mondiale ?
La Russie et l Ukraine sont depuis le 24 février 2022 les seuls belligérants à prendre part au combat mais les forces occidentales de l OTAN gravitent autour du conflit pour tenter d endiguer les attaques de Moscou et éviter que la guerre ne dégénère. Les stratégies adoptées sont diverses : sanctions économiques contre la Russie, soutien humanitaire et militaire à l Ukraine. De leur côté les Etats-Unis ont menacé de sanctions les éventuels alliés du Kremlin et en particulier la Chine. Le 18 mars lors d une rencontre en visioconférence, le président américain Joe Biden a assuré à son homologue chinois Xi Jinping que la Chine portera une responsabilité pour tout acte visant à soutenir l agression russe et que nous n hésiterons pas à lui imposer des coûts . Les allégations accusant la Chine d apporter de l aide militaire et financière à Moscou n ont pas plus à Pékin qui a démenti les accusations par la voix de l ambassadeur chinois aux Etats-Unis invité sur CBS le 20 mars. Le politique a également jugé les hauts responsables américains auteurs des accusations de désinformation .

Les premières rumeurs sur les demandes adressées à la Chine par son ami la Russie ont été relayées par le New-York Times le 13 mars. Dès le lendemain, sur CNN, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, Jake Sullivan, a fait savoir : Nous surveillons étroitement la mesure dans laquelle la Chine fournit [...] une assistance à la Russie. Et nous avons fait savoir à Pékin que nous ne resterons pas passifs et ne laisserons aucun pays compenser les pertes de la Russie dues aux sanctions économiques. Depuis la Chine a précisé avoir uniquement envoyé de la nourriture, des médicaments, des sacs de couchage et d autres aides humanitaires mais pas d armes et de munitions à aucune partie .

Pékin est désormais, au même titre que Moscou, dans le collimateur des Etats-Unis. Mais il ne faudrait pas que cette escarmouche pousse un peu plus la Chine vers la Russie, un pays ami et allié historique avec qui elle partage un désamour non dissimulé pour l Occident. En l état actuel, la confrontation entre la Russie et les Etats membres de l OTAN ne sont pas sans rappeler la guerre froide. C est d ailleurs cette opposition qui est à l origine de la guerre en Ukraine : la Russie a lancé son assaut lorsqu elle a jugé le rapprochement de l Ukraine avec l Union européenne et l OTAN trop dangereux.


Afficher Plus



© 2020 ||جرأة.اونلاين || سياسة المحتوى