L’Assemblée nationale sous pression après des accusations de harcèlement contre deux députés de la majorité

L’Assemblée nationale sous pression après des accusations de harcèlement contre deux députés de la majorité


Samedi 08 Janvier 2022 11:54
Une ancienne collaboratrice du député Benoît Simian (ex-LREM) témoigne du comportement déplacé que celui-ci a entretenu avec elle. Dans le même temps, la députée LREM Sira Sylla est visée pour ses méthodes de travail brutales. Face à ces deux affaires, l’Assemblée nationale reste muette.

La scène est passée inaperçue. Elle est pourtant révélatrice de l’ambiance à l’Assemblée nationale. Mercredi, pendant que tous les yeux étaient rivés vers l’examen du texte sur le pass vaccinal, la députée LFI Clémentine Autain fait une déclaration choc à la tribune. «Notre hémicycle compte un député qui multiplie depuis plusieurs années harcèlements et menaces à l’encontre de son ex-femme. Elle est pourtant titulaire d’un téléphone grand danger», s’indigne l’élue de Seine-Saint-Denis, rappelant que «le bureau de l’Assemblée nationale a refusé de lever l’immunité parlementaire» du député en question. Elle ne le nommera pas.

Sur les bancs macronistes, comme sur ceux de l’opposition, personne n’ignore que c’est de Benoît Simian, député de Gironde (ex-LREM) dont parle Clémentine Autain. Accusé par son ex-compagne de «harcèlement» depuis leur séparation, il sera jugé en correctionnelle le 24 mars. La contradiction entre les positions publiques du député et ses agissements en privé n’a pas manqué d’être soulevée. Benoît Simian s’est par exemple montré favorable à la loi contre les violences conjugales en 2020, qui prévoyait notamment d’alourdir les peines en cas de harcèlement moral au sein d’un couple.

«Elle passera la nuit emmitouflée sur le sol»
Mais cela ne s’arrête pas là. Le député est rattrapé par de nouvelles révélations. Cette fois dans un dossier qui concerne directement son mandat de député. Juliette*, une de ses collaboratrices, est en arrêt maladie depuis le mois d’août. Elle raconte dans Mediapart sa relation de travail avec le député. «Le premier soir, ils dînent chez les parents de Benoît Simian. Au moment de se coucher, surprise, une seule chambre est disponible, celle que le député occupait quand il était adolescent. La jeune femme refuse de dormir avec lui dans le lit, elle passera donc la nuit emmitouflée sur le sol.»

L’une des nuits suivantes, «Benoît Simian annonce à sa collaboratrice qu’ils dormiront encore ensemble, dans la même chambre d’hôtel, selon le récit qu’elle en a fait ensuite», écrit le site d’investigation. Juliette* «accepte de dormir avec lui dans la chambre, dans deux lits jumeaux, n’ayant pas d’autre choix. Le soir, alors qu’elle prend sa douche, le député tente, selon elle, d’entrer dans la salle de bains en essayant d’ouvrir la porte coulissante qui la sépare du reste de la chambre. Elle s’y oppose fermement», raconte Médiapart. Des informations confirmées à Libération.

Dans la version des faits qu’il donne à Mediapart, le député aurait seulement sollicité son assistante pour lui «demander du dentifrice», sans vouloir entrer dans la salle de bains pendant sa douche. Il pointe aussi «des divergences politiques» pour expliquer la dégradation de leur relation, ainsi que des problèmes organisationnels liés au télétravail. «La confiance s’est rompue», dit-il simplement.

Du champagne pendant le couvre-feu
Dans le même temps, et sans qu’il n’y ait de lien, on apprend dans le Journal d’Elbeuf que plusieurs anciens assistants parlementaires accusent la députée LREM Sira Sylla d’avoir usé de «méthodes abusives». Elue pour la première fois en 2017, elle aurait travaillé avec pas moins de 17 collaborateurs. Ce qui lui vaudrait le surnom peu glorieux de «supermarché des collabs». Parmi eux, trois ont pris la décision de porter l’affaire aux prud’hommes. L’un explique recevoir «des mails, des SMS dans la nuit, des menaces et des messages insultes» de la part de la députée. Il a fait le calcul : 2 000 SMS lui paraissent «abusifs». Pierre* raconte aussi au journal local : «Parfois, elle appelait mon père en pleine nuit quand je ne répondais pas.»


Quand la députée l’appelait en pleine nuit, «c’était pour [lui] dire qu’[il] la trahissait, qu’elle ne pouvait pas [lui] faire confiance et qu’[il] faisait mal son travail» ajoute-t-il au journal normand. Le collaborateur raconte alors une scène qui semble peu croyable. En plein couvre-feu, Sira Sylla lui aurait demandé de braver l’interdit pour lui «apporter du champagne». S’il refusait, elle lui «en ferait baver». Là encore, les conséquences sur son équilibre ne se sont pas fait attendre : Pierre est rapidement devenu «froid et distant» avec ses proches. «J’ai un choc post-traumatique, je ne suis pas prêt de m’en remettre», explique-t-il. Toujours en arrêt maladie, il attend maintenant la décision de justice. La défense de la députée LREM est classique. Elle parle de «ragots». «Je ne veux pas répondre à ça», ajoute-t-elle encore au Journal d’Elbeuf.

Ce qui frappe, dans les deux cas, c’est l’absence de réaction de l’Assemblée nationale. Pourtant, il y a deux ans, son président, Richard Ferrand, présentait les modalités de fonctionnement de la nouvelle cellule anti-harcèlement de l’institution, lancée véritablement le 1er février 2020. Dotée de médecins, de juristes et de psychologues, cette structure ambitionnait d’écouter et d’accompagner la parole de victimes de harcèlement, à Paris et en circonscription. Dans un premier bilan établi en avril 2021, 39 personnes avaient saisi cette cellule, avec autant d’hommes que de femmes. La cellule est «une première avancée», mais n’a «pas permis de mettre fin aux situations de harcèlement», estimaient plusieurs organisations, dont la CFDT, Solidaires et FO en novembre. Ils regrettaient, par exemple, «qu’aucun dossier n’ait été transmis au procureur de la République afin que celui-ci puisse apprécier d’éventuelles poursuites».


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